La suite des aventures de l’Oiseau Rouge à Buenos Aires — partie 2
Reprendre la route après des semaines d’attente, sentir la machine vibrer, et filer vers l’inconnu : voilà la promesse tenue. Dans cette seconde étape, l’Oiseau Rouge retrouve sa monture à Montevideo et met le cap sur le Brésil avant d’entrer en Argentine. Un itinéraire simple en apparence, fait de lignes droites, de vent et d’eau, de postes-frontières et de villages agricoles, qui rappelle pourquoi un roadtrip sait encore surprendre. Entre Cabo Polonio, la sierra de Minas, le Rio Negro et l’arrivée dense sur Buenos Aires, la route dessine un voyage lucide et vivant, à hauteur de guidon.
As-tu retrouvé Tango, ton compagnon à deux-roues ?
Oui, moment fort. Tango, la Suzuki V-Strom 250, m’attendait sous un hangar du port de Montevideo, poussiéreuse mais intacte après environ cinq semaines de traversée. Les formalités à la douane ont été fluides : contrôle des papiers, enregistrement du véhicule en admission temporaire, et me voilà dehors, casque bouclé. Je sors de la Rambla, longe le Rio de la Plata et prends la direction de l’Atlantique. En Uruguay, les motos passent souvent gratuitement aux péages, un salut du préposé et le ruban s’ouvre. L’odeur des eucalyptus, la lumière basse, et la route qui déroule — l’aventure redémarre.
Comment se porte Tango ?
Test en charge, amortisseurs resserrés d’un quart de tour, et prise de rythme à 80 km/h de moyenne. La moto encaisse bien les longues lignes droites, avec des relances souples quand le vent tourne. Première halte vers La Paloma puis la réserve de Cabo Polonio : plages longues, océan encore frais, vagues toniques. Les pistes d’accès sont sablonneuses et roulantes par endroits, mais la prudence s’impose quand le sable porte moins. Je me sens d’aplomb, la machine aussi. Le duo fonctionne, sans forcer.
Peux-tu nous en dire plus sur l’Uruguay ?
Hors de Montevideo, le pays déroule son vrai visage : élevage, agriculture, estancias espacées, villages calmes. Je vise la sierra de Minas pour quelques virages, puis cap au nord-ouest. Le bitume alterne entre sections lisses et zones cassantes, parfois des déviations en gravier. Le vent latéral secoue fort, il faut tenir le guidon souplement et ne pas lutter en force. De rares carrefours sans balisage me font vérifier la direction auprès des habitants. Compter 6 à 9 heures réelles pour des journées de 300 à 400 km selon la qualité de route et le vent. J’atteins Mercedes, au bord du Rio Negro, satisfait — et rincé.
Conseil Planet Ride: sur ces plaines ouvertes, cadencer la journée par blocs de 90 minutes de conduite, 10 à 15 minutes de pause, et une vraie coupure déjeuner. C’est la meilleure manière de garder lucidité et marge de sécurité.
Quelle était la prochaine étape ?
Direction Buenos Aires. Après le franchissement du Rio Negro puis la frontière, « Bienvenida en Argentina ». Le changement d’échelle est net : plus d’espace, plus d’eau, plus d’horizon. La région d’Entre Ríos porte bien son nom, encadrée par les fleuves Paraná et Uruguay. Je roule plus tranquille — tatous et lézards traversent sans prévenir —, les étangs attirent une avifaune bigarrée. Les stations-service deviennent des haltes clés pour faire le plein, échanger deux mots, recalculer la prochaine section. Garder 50 à 80 km d’autonomie de sécurité évite de subir.
Parle-nous de Buenos Aires ?
L’arrivée par le nord-est est spectaculaire et nerveuse. Le trafic se densifie, les bus « colectivos » avalent la chaussée, les départs au feu se jouent à la demi-seconde. Le dimanche, l’ambiance se détend : c’est la meilleure fenêtre pour apprivoiser la ville en deux-roues. Buenos Aires attrape vite : quartiers vivants, tempo nocturne, bals de tango qui rallument les classiques de Gardel et Pugliese. Dans ce tumulte organisé, une petite cylindrée agile fait merveille.
Quel est ton programme pour la suite ?
Préparer la traversée de la Pampa jusqu’aux portes de la Patagonie. Des étapes plus longues, méditatives, puis les premiers reliefs en bord de cordillère. Sur ce type de terrain, viser des journées de 250 à 350 km est réaliste à moto, avec une moyenne de 70 à 90 km/h selon vent et état du revêtement. Je révise la check-list : trousse outils, cartes offline prêtes, marge carburant, et documents pour les contrôles.
Infos utiles pour rouler (2026)
- Frontière Uruguay–Argentine: présenter passeport, carte grise, pouvoir si véhicule non au nom du conducteur, et assurance « Carta Verde » valable en Argentine.
- Carburant: sur nationales, pompes régulières mais espacées; garder une marge de 80 à 120 km et payer en devise locale.
- Navigation offline: télécharger les cartes avant départ (ex. apps avec mode hors-ligne) et prévoir un support guidon stable pour les pistes sablonneuses.
- Péages: en Uruguay, motos souvent exonérées; en Argentine, petites sommes en espèces sur certains axes, voies rapides plus denses aux abords de BA.
- Vent et chaleur: vent latéral fréquent, surtout l’après-midi; hydratation et pauses à l’ombre indispensables en été austral.
- Accès Cabo Polonio: zone protégée avec règles d’accès spécifiques; se renseigner localement sur les modalités en vigueur avant d’emprunter les pistes.
Mini-FAQ
Faut-il un permis spécifique pour un roadtrip moto Argentine ?
Un permis moto national valide (catégorie A) et la carte internationale sont recommandés, plus l’assurance « Carta Verde » pour circuler légalement en Argentine.
Quelle saison privilégier pour ce roadtrip moto Argentine ?
Printemps et automne australs (septembre–novembre, mars–mai) offrent des températures plus clémentes et des vents souvent moins violents que l’été.
Quel budget carburant prévoir entre Uruguay et Buenos Aires ?
Variable selon cylindrée et vent: compter une consommation majorée de 10–20 % sur sections ventées; prévoir une réserve pour les zones rurales d’Entre Ríos.
À savoir aujourd’hui
La logique d’itinéraire, les grands espaces et le vent qui façonne la conduite restent pleinement vrais. Avant de partir, vérifiez les règles d’accès des aires protégées (Cabo Polonio), les conditions d’assurance transfrontalière (Carta Verde) et les modalités actuelles des péages et moyens de paiement locaux.