Expédition Trans-Anatolienne : le voyage moto en Turquie d’Agnès
Du 30 mai au 30 juin 2014, six amis s’offrent une traversée de la Turquie par les routes qui comptent. Un mois pour relier Thessalonique aux plateaux anatoliens, du littoral à l’Euphrate, entre sites antiques et pistes ravinées. Agnès nous raconte ce voyage moto asie sans fioritures, au rythme d’étapes maîtrisées, de galères gérées et de haltes choisies. On suit l’équipage, soudé malgré les différences de montures, dans une Turquie généreuse et changeante, où la météo dicte parfois la cadence et où chaque journée réserve une vraie rencontre de route.
“C’est décidé : cap sur une Trans-Anatolienne entre amis”
Six amis, cinq motos, une seule ligne de conduite : rouler longtemps, proprement, ensemble. Deux Harley-Davidson Heritage Softail 1995, une Dyna Low Rider, une BMW 1200 GS, une BMW 800 GS et une Triumph Tiger 800. Objectif annoncé : 8 500 km. Pour gagner du temps aux frontières, les motos sont expédiées en Grèce. Le ride commencera au guidon, sans formalités bloquantes, dès Thessalonique.
Thessalonique – Kesan – Pamukkale : les premières longueurs
Récupération des machines, première mise en jambe vers Kesan, à environ 300 km. Frontière franchie après cinq contrôles, le ton est donné. Le lendemain, 690 km sous des orages violents: on effleure la presqu’île de Gallipoli, ferry à Çanakkale, puis arrivée tardive et rincée à Pamukkale. Le matin, Hiérapolis sous un ciel lavé, avant de filer vers le Salda Gölü et ses plages blanches. Micro-détail utile: 300 km de route turque avec arrêts photo et carburant, c’est 5 à 6 heures réelles; 600 à 700 km sous la pluie, comptez 9 à 11 heures, fatigue comprise.
Vers Sagalassos et le lac d’Eğirdir : entre éclaircies et orages
Petites routes au cœur des champs de pavots jusqu’à Sagalassos, théâtre, nymphée et bibliothèque pour nous seuls, avant l’orage. Nuit à Eğirdir, poissons du lac et décision d’itinéraire: on vise le sud, la Cappadoce est sous l’eau. Conseil Planet Ride: quand l’orage menace, cadencer l’étape en blocs de 100–120 km, hydratation et marge avant la nuit; la pluie double le risque et le temps d’arrêt.
Antalya, Taurus, Aspendos : rouler juste, pas vite
Montagne, forêts, virages: le Taurus déroule ses épingles. Les “vrais” motards s’amusent; les Harley savourent à rythme posé. Aspendos déçoit, en restauration. La côte a changé: resorts géants, police curieuse et bienveillante. Cap sur Anamur par une route en balcon, vue mer, bananeraies, puis nuit à Silifke. Les étapes du moment: 250 à 350 km/jour pour arriver de jour et profiter des haltes, l’idéal sur ce type de roadtrip.
Alahan, Uzuncaburç, Gaziantep : le jade, les lauriers, la panne
Incursion vers le monastère d’Alahan et le site d’Uzuncaburç: ruban parfait, rivière couleur jade, lauriers roses au bord. Retour mer à Silifke, château immergé éclairé façon néon. Puis autoroute chargée, camions et bus. Près de Gaziantep: panne sèche en plein tunnel pour Jean; grosse chaleur, contrôle à la station, lavage “à la turque” recouvert de mousse. Astuce de terrain: éviter tout brossage dur sur chromes et peintures, privilégier rinçage haute pression et microfibre.
Halfeti, l’Euphrate, puis Göbekli Tepe et Şanlıurfa
Boat trip privé à Halfeti en fin d’après-midi, lumière idéale, baignade improvisée… sans échelle pour remonter. Négociation à l’arrivée. Le lendemain, Göbekli Tepe, 12 000 ans face à nous; à peine un dixième du site dégagé, le vertige. Şanlıurfa ensuite: bazar vivant, Balıklı Göl, nouvel orage, puis soirée locale mémorable, musique, danses, brochettes, crêpes pistache-miel. C’est aussi ça, un voyage moto asie: accepter l’imprévu, et s’ouvrir.
Nemrut Dağ, bac sur l’Euphrate et plateaux basaltiques
Montée vers 2 200 m sur route/piste ravinée par les pluies. Terrasses pour nous seuls: têtes monumentales posées à nos pieds, brume légère. Redescente, traversée de l’Euphrate sur un petit bac, puis ces plateaux minéraux où paissent les troupeaux. Arrivée à Diyarbakır, ville en expansion rapide. Ici, un voyage moto asie révèle l’échelle des reliefs: routes cassantes, vents latéraux possibles, météo changeante même en juin.
Histoire à suivre
La suite poussera plus à l’est, avec ses galères mécaniques et ses belles rencontres. Le fil rouge reste le même: rouler ensemble, voir juste, adapter la route.
Combien ça coûte une telle expédition à moto ?
Agnès partage le budget moyen par personne pour 32 jours, une moto :
- Transport aérien Paris/Thessalonique AR : 200 €
- Logistique des motos : 1 100 €
- Essence (chère en Turquie, env. 1,9 €/l à l’époque) : 600 €
- Logement : 700 €
- Repas : 600 €
- Total estimatif : 3 200 € par personne
Pour un voyage moto asie d’un mois, prévoir des journées pleines: 5 à 7 h de selle utiles, pauses carburant et eau intégrées. Carburant et hydratation se planifient comme des étapes.