Hubert, 68 ans : 10 ans de roadtrip en side-car autour du monde
Un tour du monde en side-car : pour Hubert, ce n’est pas un slogan. C’est une décennie entière à suivre la route, sans calendrier rigide, porté par une idée simple et radicale : vendre, partir, et laisser le terrain décider. Parti à 58 ans de New York sur un side-car BMW, il a baptisé son projet « Dix ans sur la route ». Dix ans à composer avec le froid extrême, les rencontres inattendues, les frontières, la mécanique, et surtout la solitude — apprivoisée, jamais subie. Voici le portrait d’un rider qui a fait de la liberté une discipline.
Partir en tour du monde en side-car : le déclic
« Quand on vit dans des grandes villes comme New York, on retourne ses poches le 31 décembre et elles sont vides… Soit je continuais à travailler pendant 10 ans et je serais pauvre après… Soit je vendais tout ce que j'avais, je partais voyager pendant 10 ans sur mon side-car et je serais pauvre après ! »
Le raisonnement a l’air provocateur, mais il dit quelque chose de très concret : la cohérence entre un mode de vie et un choix de route. Hubert le résume avec sa rengaine : « n’oublie pas de prendre un risque aujourd’hui ». À 58 ans, il choisit de partir — et considère encore cette décision comme l’une des meilleures de sa vie.
Ce que ça implique, sur le terrain : un voyage long n’est pas qu’une ligne sur une carte. C’est accepter le quotidien : trouver où dormir, gérer l’entretien, composer avec la météo, et apprendre à tenir un rythme sans s’user.
16 février 2005, New York, 6h04 : l’aventure commence
Le 16 février 2005 à 6h04, Hubert quitte New York au guidon de son side-car BMW équipé pour durer. Cap au nord : le cercle polaire comme première grande étape. Son meilleur souvenir de ride reste son arrivée à Tuktoyaktuk, en mars 2005.
Pour y parvenir, il traverse un monde blanc et fermé, où la route devient une épreuve mentale. Hubert évoque un tronçon de 380 km dans un désert de glace, avec des températures autour de -40°C. Lui qui a surtout vécu dans des grandes villes (Paris, Los Angeles, New York) se retrouve « seul au monde » — une sensation aussi puissante que terrifiante.
Au col d’Ogilvy (Nord-Ouest du Canada), il affronte le blizzard. Il raconte s’être accroché sur la Dempster Highway, en avançant « les yeux ouverts par alternance », sans même sentir correctement les vibrations de la BMW. Dans ces conditions, l’erreur la plus coûteuse n’est pas la technique : c’est l’arrêt.
« Je me répétais “Hubert tu ne t’arrêteras pas”, certain que je ne pourrais plus repartir… mentalement, je faisais l’inventaire de mon équipement de survie que je prendrais avec moi si j’étais bloqué dans cette tempête. »
Conseil métier Planet Ride : sur une étape exposée (froid, vent, isolement), on cadence pour durer : pauses courtes mais régulières, check rapide (mains/pieds, visibilité, carburant), et on évite de “jouer au héros” en fin de journée quand la fatigue brouille le jugement.
Voyager seul : “ça demande beaucoup de travail”
Sur le chemin du retour de Tuktoyaktuk, juste sous le cercle polaire, Hubert rencontre Harvey Van Patten… dans une station essence. Hubert roule en side-car ; Harvey suit sa route seul, en chien de traîneau. Deux manières différentes d’avancer, mais un même socle : la débrouille, l’endurance, et l’humilité face au terrain.
Leurs réalités se rejoignent là où le grand public fantasme : trouver un abri, gérer une avarie, tenir le moral quand il n’y a personne pour “prendre le relais”. Avant de repartir, Harvey lance :
« Parce que nous ne sommes pas salariés, les gens pensent que nous ne travaillons pas… Je leur répondrais que pour réussir ce que nous faisons, cela demande beaucoup de travail de notre part ! »
Un roadtrip à travers le monde : la boucle, sans fermeture
De 2005 à 2008, Hubert parcourt le continent américain : du grand nord canadien jusqu’aux portes du sud. Il évoque aussi l’Antarctique, où il observe les icebergs au lever du jour depuis un navire nommé « Explorer ». Ensuite, il descend vers l’Argentine, la Bolivie, le Pérou…
En 2008, il s’envole pour l’Europe, traverse le “vieux continent”, puis remonte vers le nord de l’Asie : Scandinavie jusqu’à la Mongolie. En 2011, on le repère en Afrique, notamment au Ghana, avant de poursuivre jusqu’en 2013 entre Afrique et Europe. Au moment du récit, Hubert se trouve en Inde, déterminé à continuer.
Quand on lui demande s’il veut s’arrêter, Hubert ne répond pas par un bilan : il parle de la suite. Il a en ligne de mire les cols de l’Himalaya à partir de mai, jusqu’au Tibet en septembre, puis peut-être l’Australie — “trop loin” pour se projeter. Il avance au gré des opportunités.
Voyager en side-car : une liberté qui attire les autres
Le side-car, pour Hubert, n’est pas un simple choix de machine : c’est un mode de vie. Il roule en side-car depuis 1971. Pas de calendrier strict, pas d’itinéraire figé : “au jour le jour”.
Son carnet de route vit surtout sur son site : thetimelessride.com. Il ne tient pas ses comptes, ne “chiffre” pas ses kilomètres. Ce qu’il protège, c’est l’esprit de liberté — et la place laissée aux rencontres.
Voyager seul, est-ce trop dur ?
« Quand je m’arrête avec mon side-car, les gens viennent à moi immédiatement. C’est alors à moi d’avoir une attitude ouverte. Et puis je m’entends bien avec moi-même alors je ne m’ennuie jamais. »
Son conseil aux futurs riders
« Arrête de te préparer et roule ! Si c’est pour toi, tu le sauras très vite et tu te prépareras en roulant. Si ce n’est pas pour toi tu le sauras très vite aussi et tu rentreras chez toi !!! »
Retrouvez ses aventures sur thetimelessride.com.
FAQ – Tour du monde en side-car
Faut-il un itinéraire figé pour partir en tour du monde en side-car ?
Pas forcément. Le récit d’Hubert montre qu’on peut avancer “au jour le jour”, à condition d’accepter l’imprévu et de garder une marge (temps, énergie, mécanique).
Le side-car est-il adapté au voyage au long cours ?
Oui, mais il impose une logique différente : plus de stabilité, plus de volume utile, et aussi plus d’anticipation sur certaines routes (vent, qualité du revêtement, manœuvres à basse vitesse).
Comment éviter l’épuisement sur un roadtrip très long ?
En tenant un rythme durable : étapes raisonnables, pauses régulières, et discipline sur la récupération. Sur des conditions extrêmes (froid, isolement), la lucidité devient l’équipement principal.
À savoir aujourd’hui
Le récit reste une source d’inspiration solide sur l’endurance, la solitude et l’engagement que demande un long voyage. En revanche, les conditions d’accès, réglementations, routes, assurances et formalités ont pu évoluer depuis la publication : elles doivent être vérifiées avant le départ, pays par pays.