Dans les paysages intemporels du désert de Black Rock au Nevada, des dizaines de milliers de burners se réunissent la dernière semaine d’Aout pour un événement des plus démesurés : le mythique Burning Man en est à sa 29ème édition.

Au Burning Man Festival, récit de voyage

 

J’ai pris la décision, un an auparavant, de voir cet endroit de mes propres yeux. Des installations artistiques démesurées, des gens tous nus, des trucs qu’on fait brûler, le tout dans un cadre lunaire et embaumé d’une folie générale et enivrante. Autant de choses qui m’alléchaient, et me motivèrent à prendre 2 semaines de vacances et débourser presque 2000 euros pour faire partie de cette bande d’hurluberlus.

 

Au Burning Man Festival, récit de voyage

 

Plus de 60 000 individus venus du monde entier se rencontrèrent sur les étendues alcalines et poussiéreuses de la Playa en 2014. J’étais l’un d’eux, voici mon récit de voyage.

 

Le Burning Man, c’est quoi ?

Il est difficile d’expliquer ce qu’est le Burning Man en une phrase. Certains y voient le fief des Néo-hippies : une grosse foire de sexe et de substances. D’autres y voient un lieu unique de spiritualité et de recherche de soi, célébrant la libre-expression, le partage et la vie en communauté comme nulle part ailleurs. Cet article ne cherche pas à soutenir l’une ou l’autre école, mais plutôt à vous décrire le Burning Man. Ce qu’on y voit, et ce qu’on y vit.

 

Sculpture de serpent en flamme au Burning Man Festival

le lexique du Burning Man

Avant tout, je vous mets en garde quant aux nombreux termes inconnus que vous allez rencontrer en parcourant ce texte. Des termes comme moop, burner, ou playa. L’évènement est devenu tellement culte que toute une terminologie s’est développée autour. C’est le vocabulaire du Burning Man, je vous propose un lexique non exhaustif du Burning Man, pour mieux appréhender la suite du récit :

  • Burner : personne se rendant au Burning Man, ou personne adhérant aux principes de Burning Man.
  • Black Rock City : la ville éphémère dans le désert en forme de fer à cheval, où prend place le Burning Man.
  • Playa : Le nom donné à l’étendue désertique sur laquelle se déroule l’événement.
  • Center Camp : le camp situé au centre de Black Rock City, et qui abrite le BMORG.
  • Esplanade : l’esplanade désigne le centre Black Rock city, un espace ouvert au milieu du fer à cheval où l’on trouve les grandes installations temporaires.
  • Deep Playa : cela représente les confins de la playa. Aller dans la deep playa, c’est partir en expédition. Le plus souvent à bord d’une art car.
  • Fence : c’est la barrière en treillis située dans le périmètre de Black Rock City, qui empèche tout ce qui s’ent envolé à cause du vent de se perdre dans le désert. Au passage, cette barrière stoppe aussi les burners de se perdre dans le désert !
  • Burgin : Puceau du Burning Man, ou personne s’y rendant pour la première fois.

La route jusqu’au Burning Man

Partant de San Francisco, nous avons pris la route scénique qui chevauche la Californie et le Nevada, passant le Lac Tahoe, Reno, et enfin Gerlach, dernier hameau avant de s’enfoncer dans le désert. Nous avançons au pas, une file interminable de Motor Homes et de SUVs peuple le dernier tronçon qui mène au site. Sur le poste, j’écoute Black Rock Radio pour rester informé du temps approximatif d’attente. C’est une véritable cité éphémère en forme de fer-à-cheval, Black Rock City, qui prend forme au pouls du trafic.

 

Vue de Black Rock City, la ville éphémère du Burning Man

 

Je suis au volant d’une Toyota Tacoma pickup louée à Berkeley et avec laquelle nous avons cheminé jusqu’au désert de Black Rock. La banquette arrière accueille nos deux valises respectives et nos provisions alimentaires pour la semaine, et l’espace ouvert à l’arrière contient nos vélos et nos litres d’eau, le tout bien attaché avec de la para-corde et recouvert d’une bâche. Notre véhicule est bien adapté au périple dans lequel nous nous lançons. Je ne le sais pas encore, mais la hauteur du pickup me fournira un espace aéré et à l’ombre pour dormir le matin, entre les roues, alors qu’un soleil de plomb transformera ma tente en micro-ondes.

La vie au Burning Man

7 litres d’eau par personne par jour. C’est ce que nous avons calculé pour subvenir à nos besoins dans cet environnement inhospitalier. Il faut savoir que rien ne s’achète au Burning Man (à l’exception des glaçons et du café que l’on trouve au Center Camp), tout se donne ou s’échange. Aussi, cela signifie que chacun apporte tout le nécessaire à sa survie dans Black Rock City. Radical self-sufficiency, c’est l’un des 10 principes fondamentaux de Burning Man.

 

Faire ses provisions en eau pour la durée du Burning Man

Les Installations d’art

Le Burning Man attire une multitude d’âmes créatives, prêtes à mettre des mois de travail dans ces installations temporaires. Certaines sont majestueuses au point de vous couper le souffle. Non-seulement pour leur beauté, mais aussi car elles sont volontairement éphémères. En effet, tout sera brûlé avant la fin du festival. L’événement phare du festival – qui lui donne également son nom – se déroule le dernier soir. Quand The Man – une effigie en bois de 32 mètres – brûle, cela est censé représenter par l’immolation le détachement de ses vices, de ses regrets, de son ego.

 

Les installations du Burning Man dans l'Esplanade

Les Art Cars

Elles font partie des pièces d’art exposées au Burning Man. Ce sont des carrosses et des chars mécaniques aménagés et motorisés qui déambulent l’Esplanade pendant la nuit, véritables dance-floors itinérants. Ils ramassent des burners à chaque halte, puis s’enfoncent dans la deep playa allant parfois aussi loin que le fence pour faire la fête jusqu’au lever du soleil. Dans la conception de ces chars exubérants, la fantaisie et la démesure l’emportent toujours. Une licorne géante qui pète des bulles, une pieuvre crache-feu, une Oldsmobile steam-punk ou encore un bateau sur roues, c’est ce qui risque de vous klaxonner si vous ne regardez pas avant de traverser les rues de Black Rock City.

 

Art Car au Burning Man Festival

 

Art Car au Burning Man Festival

Les Camps

Au Burning Man, chacun est libre de s’exprimer à sa manière, et même poussé à le faire. Radical self-expression, c’est l’un des 10 principes fondamentaux du festival. Il soutient la libre-expression personnelle sans tabou ni jugement. Des groupes se créent ainsi autour de thèmes différents, pour s’exprimer sans retenue. Le Barbie Death Camp (camp artistique exposant une horde de Barbies mutilées), le Suspended Animation Camp (camp pour amateurs de BDSM et de suspension – avec démonstrations) ou encore le Lil’ Orphans Camp auquel nous avons pris part, en sont quelques exemples. Bien souvent, l’établissement d’un camp prend des mois de préparation et demande des investissements conséquents. Des groupes d’amis se retrouvent chaque année pour créer leur camp privé, ou alors des organisateurs indépendants créent un camp et font payer les places disponibles.

 

Le Barbie Death Camp au Burning Man Festival

 

Le Lil’ Orphans Camp en était à sa 5ème année en 2014. C’est un camp qui a été créé essentiellement pour accueillir les burgins, dont nous faisions partie cette première année, mon compère et moi-même. C’était pour nous un bon moyen de s’immerger dans la culture du Burning Man, et se joindre à d’autres burgins tout aussi innocents et inconscients que nous, pour explorer Black Rock City.

À suivre…

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