Voilà une émission qui n’est pas passée inaperçue à Baptiste Frérot, fondateur de Planet Ride (ici).

Et oui, son matronyme est Barret, et il existe bien une Jeanne dans son ascendance :
Jeanne Barret (1885-1969), très érudite, préceptrice d’enfants d’un diplomate nommé en Argentine, elle y suivit la famille. Revenue en France dans les années 30, ses économies placées en fonds argentins perdus lors de la révolution péroniste, elle finit sa vie avec peu de ressources, mais pleine de vie et riche d’un solide humour, fier apanage de la famille Barret !

Mais c’est d’une autre Jeanne Baret (ou Barret, l’orthographe n’est pas fixe) dont parle l’émission.
Née en 1740 dans une petite bourgade de Bourgogne, d’une famille de paysans journaliers et sans doute analphabètes, elle est embauchée comme servante chez le docteur Philibert Commerson, savant botaniste.
Très vite, il est séduit par l’intelligence et la vivacité d’esprit de la jeune femme qui se passionne pour ses herbiers et toutes sortes connaissances, elle apprend très vite, et devient son assistante, son indispensable bras droit…
Deux années plus tard, Commerson est nommé botaniste du roi Louis XVI, et à ce titre doit entreprendre un voyage dans les terres australes : accompagner Monsieur de Bougainville en qualité de médecin botaniste de sa Majesté et faire, comme il l’écrit dans son testament avant de partir : « des observations sur les trois règnes de la nature dans tous les pays où les officiers me conduira ; ainsi Dieu me soit en aide… »
Le couple est devenu inséparable, autant dans la vie que dans l’étude. Une ordonnance interdit aux femmes d’embarquer sur les navires de la Marine Royale. Qu’à cela ne tienne, Jeanne se déguise en valet de chambre, et embarque pour l’expédition le 6 février 1767, à Rochefort. Deux bateaux sont affrétés : La Boudeuse et L’Etoile.

La vie sur le bateau n’est pas des plus simples… En effet, il n’y a que des hommes à bord et Jeanne doit faire preuve de beaucoup de finesse et de prudence pour garder son secret. Commerson n’a pas le pied marin, alité, il est soigné par son domestique « Jean Baret »… Quant à Jeanne, pour paraître un homme, elle travaille comme un forcené afin d’écarter les soupçons. Malgré tous ses efforts, des bruits courent sur le bateau, que Bougainville feint d’ignorer.
La traversée jusqu’à Montevideo dure trois mois. L’Etoile poursuit sa route vers le sud, et l’expédition arrive en Patagonie, Commerson peut enfin herboriser en compagnie de son domestique.
Les soupçons se sont calmés, Bougainville écrit dans son journal : « Comment reconnaître une femme dans cet infatigable Baret, botaniste déjà fort exercé que nous avons vu suivre son maître dans toutes ses herborisations et porter même, dans ses marches pénibles, les provisions de bouche, les armes et les cahiers de plantes avec un courage et une force qui lui ont valu le surnom de bête de somme ? »

L’expédition continue sa route vers le détroit de Magellan. Le 26 janvier 1768, l’Etoile entre dans le Pacifique. Muni de cartes plus ou moins exactes, Bougainville évite l’île de Pâques et continue sa route pour enfin mouiller au large de Tahiti, accueillis par une centaine de pirogues à balancier.
La cohabitation entre Tahitiens et Français est pacifique : ces derniers ont pu, après d’âpres négociations, installer un camp à terre pour soigner les malades. C’est alors que survient l’épisode du 7 avril.
Jusqu’alors, les marins ne connaissaient qu’un seul mot du vocabulaire tahitien « Tayo » qui signifie « ami ». Mais ce matin-là, Commerson accoste sur l’île avec son domestique pour herboriser. A peine ont-ils mis pied à terre qu’une foule d’indigènes surexcités les encercle en criant « Ayenne ! Ayenne ! ». Un indigène s’empare alors du jeune domestique et s’enfuit avec sa proie sous les yeux éberlués du pauvre Commerson…
Il fallut la présence d’esprit d’un officier qui se trouvait là par hasard et qui, de son épée « fit écarter toute la populace et effraya le courcié qui lâcha prise ».
L’incident est rapidement maîtrisé, mais le soir du 7 avril, les marins de l’Etoile ont appris un nouveau mot en tahitien : « femme ».
Jeanne reste désormais à bord tandis que Commerson continue d’herboriser sur l’île sans trop de conviction. Visiblement Jeanne est devenue plus qu’indispensable à son travail.
L’expédition poursuit sa route vers l’Océan Indien. En novembre le couple est débarqué avec toutes ses collections d’histoire naturelle à Port Louis, sur l’île de France (actuelle île Maurice), important comptoir français dont l’Intendant est alors un autre botaniste : Pierre Poivre.
A n’en pas douter, il s’agit d’une mesure disciplinaire, mais aussi une forme de protection au regard des sanctions que Bougainvillier et Commerson peuvent encourir à leur retour en France. Jeanne continue son travail d’assistante et suit Commerson pour botaniser à Madagascar et à l’ile Bourbon (Réunion) en 1770-1772.
La santé de Commerson reste fragile, il meurt, laissant Jeanne sans ressource. Elle a 32 ans. Elle n’a plus droit à la moindre considération ni à la moindre assistance. Jeanne ouvre un cabaret-billard, rencontre Jean Dubernat, soldat de la Marine avec lequel elle se marie le 17 mai 1774.
Ce mariage avec un militaire est le seul moyen d’obtenir une autorisation de rapatriement.
Elle revient à Paris 1776 avec plus de 30 caisses scellées contenant 5000 espèces de plantes ramassées au cours de son périple autour du monde, 3000 d’entre-elles sont nouvelles. Parmi elles, nommées par Commerson, se trouvent le fameux « bougainvillier », et un arbuste: « Baretia bonnafidia ».
Jeanne fait parvenir ce trésor au Jardin du Roi. Ces collections vont rejoindre celles du Muséum d’Histoire Naturelle où l’on peut toujours consulter les manuscrits de Commerson.
Jeanne reçoit la part de l’héritage que lui a léguée Philibert Commerson et, le 13 novembre 1785, elle est honorée pour son engagement dans l’expédition de Monsieur de Bougainville. Son travail auprès de Commerson est reconnu de façon officielle par le Roi qui lui accorde une pension.
Jeanne Baret a donc bien fait le tour du monde. Partie de Rochefort en 1767, elle rentre en France neuf ans plus tard. Elle est la première femme à avoir réalisé un tel exploit.

Sources :
L’affaire Jeanne Baret, par Nicole Creystey, professeur agrégée
de sciences naturelles à l’IUFM.
http://www.pays-de-bergerac.com/pages/culture-patrimoine/personnages-celebres/jeanne-baret/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeanne_Barret

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