Accent sur Marc Bourgeois : champion de moto enduro
Figure du paddock français, Marc Bourgeois a empilé les titres et les saisons au plus haut niveau. Dans cet entretien, il revient sur ses débuts, la différence entre enduro et hard enduro, et son expérience au Roof of Africa (2016). Une plongée au cœur d’une pratique exigeante, où l’on enchaîne pierriers, gués et singles forestiers pendant des heures. En enduro, une journée typique cumule souvent 60 à 120 km pour 6 à 8 h réelles de selle, avec des liaisons lentes et des spéciales techniques. Place à la voix d’un compétiteur qui sait ce que « tenir la corde » veut dire — et ce que la moto enduro demande de plus concret, du matériel à la gestion de l’effort.
Nous l’avons interviewé pour qu’il partage son goût de la compétition mais surtout des circuits enduro.
Interview
D’où vient votre passion de l’enduro ? Quand êtes-vous devenu professionnel ?
« Je suis né dedans : mon père est mécanicien moto et j’ai grandi en Auvergne, une terre d’enduro. J’ai commencé par des randos et des courses locales, puis la filière de la FFM m’a sélectionné pour des stages avec l’entraîneur national. Ensuite, j’ai intégré l’équipe de France pendant six ans : c’est ce qui m’a ouvert les championnats du monde, les voyages et les titres. À l’époque, on tournait avec un noyau solide : 4 pilotes, un entraîneur, un manager, un logisticien, un assistant et un mécanicien. Une vraie petite usine à performances — et à fiabilité. »
Quelle est la différence entre enduro « classique » et hard enduro ?
« L’enduro se pratique dans des zones pleines de pièges naturels : relief marqué, rivières, racines, cailloux. La vitesse n’est pas l’essentiel, c’est la régularité et la technique. En hard enduro, on garde tout ça mais on pousse les curseurs : pentes très raides, franchissements longs, terrain ultra cassant. La vitesse peut monter par moments, mais l’effort est surtout continu et éprouvant. On enchaîne des heures d’adhérence précaire, avec parfois la chaleur, le froid et l’altitude qui compliquent tout. »
Vous avez disputé le Roof of Africa en décembre 2016. Comment avez-vous vécu la course ?
« C’était ma première en hard enduro. Très dur. Le circuit est en haute altitude, sous une chaleur qui a frisé les 40 °C. On se retrouve coincé dans des pierriers à gravir comme un alpiniste : on hisse la moto marche après marche, on gère la respiration et l’adhérence. Techniquement et physiquement, c’est un rouleau. Il y a des moments où l’on progresse de quelques mètres en minutes… et ça use vite. »
Après cette expérience, aviez-vous envie de continuer dans cette discipline ?
« Oui, j’ai eu envie de mener les deux : enduro et hard enduro. Même quand on pense à abandonner, l’esprit de compétiteur revient. Cela dit, j’ai un statut particulier aujourd’hui : je suis devenu manager de l’équipe officielle. Je ne fais plus le mondial, mais je reste dans l’action, sur le terrain et au service des pilotes. »
Votre meilleur et votre pire souvenir en enduro ?
« Mon meilleur, c’est ma première victoire en championnat du monde. Rien n’égale ce déclic. Le pire, c’est au Roof of Africa : bloqué dans un bouchon en pleine chaleur, j’ai mis deux heures pour avancer d’à peine un kilomètre. Ces situations apprennent l’humilité et la gestion mentale. »
Une destination à recommander à tous les passionnés ?
« Pour rouler, la Roumanie : j’y ai pris un plaisir fou. Les paysages sont magnifiques, les reliefs variés et joueurs. Pour les panoramas, l’Afrique du Sud, sans hésiter. »
Envie de découvrir la Roumanie à moto et d’attaquer l’iconique Transfagarasan ? C’est par ici :
https://youtu.be/1xhxCayOdDs
Mini-FAQ
Faut-il une licence ou une assurance spécifique pour rouler à l’étranger ?
Pour une course officielle, une licence FFM (ou locale) et un certificat médical sont généralement requis. En randonnée/raid, une assurance RC pilote + rapatriement est indispensable. Vérifiez aussi l’extension « off-road » de votre couverture et les mentions d’exclusion. Certaines zones interdisent le roulage hors-piste : renseignez-vous localement avant d’engager une trace.
Quelle saison viser pour la Roumanie et l’Afrique du Sud ?
Roumanie : viser fin printemps à début automne, en évitant les pluies soutenues en montagne. Afrique du Sud : privilégier l’automne austral et le printemps (températures plus stables, moins d’orages). En montagne (Drakensberg), météo changeante : prévoir couche chaude et coupe-vent même par temps clair.
Quel rythme quotidien réaliste sur un raid enduro ?
Comptez 60 à 120 km de terrain mixte pour 6 à 8 h de selle, pauses techniques incluses. Prévoyez au moins 2 à 3 L d’eau par jour en chaleur et une autonomie carburant de 100 km minimum. Conseil Planet Ride : cadencer 20–30 min de pause toutes les 2 h pour garder lucidité et vitesse propre, et rouler avec trace GPS offline + batterie externe (10 000 mAh) en secours. Les mousses enduro évitent les crevaisons sur pierriers.
À savoir aujourd’hui
Les fondamentaux de l’interview restent vrais : exigence physique, régularité technique, et différences nettes entre enduro et hard enduro. Avant de partir en 2026, vérifiez la réglementation locale sur l’accès off-road, les assurances exigées, et l’état des pistes en saison. Pensez aux eSIM internationales et aux applis GPS offline pour sécuriser navigation et communication en zone blanche.