Lyndon McNeil capture les véhicules vintage
— Des scooters italiens aux icônes britanniques, l’œil de Lyndon McNeil raconte la relation intime entre une machine et celle ou celui qui la vit. Avec le directeur artistique Chris Haddon, il signe une série d’ouvrages qui donnent voix aux propriétaires, bien au-delà du chrome. Ici, Lyndon revient sur ses rencontres, ses critères sans concession et quelques instants suspendus, de Putney à New York, de Waterloo Bridge à Pendine Sands. Une interview au plus près des véhicules vintage, de leurs rides, de leurs fêlures assumées — et de l’émotion maîtrisée qu’ils transportent.
Comment as-tu rencontré Chris Haddon ? Comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?
Chris cherchait un photographe pour son troisième livre, My Cool Classic Car. Il a repéré un de mes clichés dans un magazine : une Opel Manta verte, photographiée sous les arches du chemin de fer à Putney, à Londres. Il m’a contacté via la rédaction. Notre premier rendez-vous a été décisif : on s’est très vite compris. Depuis, on est devenus amis et plus créatifs ensemble, projet après projet. Ironie du sort, je n’ai jamais vraiment aimé cette photo d’Opel Manta — mais elle a ouvert la route.
Où et comment trouves-tu les véhicules que tu prends en photo ?
Pour les livres, on a des critères clairs : les machines doivent rouler, par tous les temps. On n’est pas là pour des reines de concours — la fuite d’huile, la trace de vie, le petit bruit au ralenti ne nous dérangent pas. Au contraire, on cherche l’âme. Pour la presse spécialisée, c’est différent : je traque l’exemplaire rare, parfois unique, que personne n’a vu depuis longtemps. Ça devient plus difficile à chaque parution, mais mon réseau de collectionneurs est solide.
Conseil Planet Ride — Sur une journée de portraits mécaniques, cadencer 2 à 3 sujets maxi. On garde de la marge pour la lumière qui tourne, les trajets et l’imprévu — c’est là que naît souvent la bonne image.
Te souviens-tu d’une personnalité marquante rencontrée pendant un shooting ?
Il y en a beaucoup. La règle est simple : si on ne prend pas du plaisir ensemble — nous comme la personne photographiée — on plie. Ces rencontres sont avant tout des échanges entre passionnés. Quand ça fonctionne, ça se voit dans le cadre, dans l’attitude, dans la respiration de l’image.
Quel a été le meilleur shooting ?
My Cool Bicycle, tourné à New York, reste un grand souvenir. Pour My Cool Classic Car, un moment me revient : un dimanche à l’aube, sur Waterloo Bridge, à Londres, pour saisir une Citroën DS. La ville était silencieuse, la lumière rasante. Ce sont des minutes qui comptent.
Quelles sont tes photos favorites ?
J’en cite trois, toutes des portraits. Le designer Tom Karen, créateur du Raleigh Chopper, assis avec une tasse de café — une image simple, rassurante. Sir Paul Smith, la tête plongée dans un portant de maillots cyclistes — fluide, facile. Et Chris Ireland, sur la plage de Pendine au Pays de Galles, avec sa moto Indian : je lui ai demandé de “rider” sur une surface réfléchissante. La scène disait tout de l’homme et de sa machine.
D’où te vient cette passion pour les véhicules vintage ?
Depuis l’enfance. Le dimanche, mon père m’emmenait voir les courses au circuit de Snetterton, dans le Norfolk. Des motos, des voitures, l’odeur d’essence, le froid parfois : tout est resté. J’aime ce qui a des roues, un vécu, et une histoire à raconter.
Qu’est-ce que ces livres mettent en avant ?
L’excitation de posséder, chevaucher ou conduire. Je veux que le public entre dans la photo et s’y projette — comme s’il roulait lui-même ce vieux scooter ou cette auto. On montre comment on appartient à des cultures vivantes, en Angleterre, en Italie, ailleurs : mods, clubs, garagistes, routes du quotidien. Les véhicules vintage ne sont pas que des objets : ce sont des vecteurs d’identité.
À propos du dernier opus
Après les camping-cars rétro, les motos et les voitures, notre focus récent s’est porté sur le scooter — un univers qui relie l’Italie et l’Angleterre. Le livre scooter vintage restitue cette énergie urbaine, élégante, parfois rebelle, et la façon dont un deux-roues signe un style de vie. Comme toujours, on écoute les propriétaires — ce sont eux qui tiennent la route du récit.
À savoir aujourd’hui
Les histoires et les modèles évoqués gardent toute leur force en 2026. Avant de partir sur les traces de ces machines, vérifiez la disponibilité des ouvrages (et éventuelles rééditions), les réglementations ZFE qui peuvent limiter la circulation des deux-temps dans certaines villes européennes, et les dates des rassemblements vintage locaux. Pour les prises de vue, demande d’autorisation recommandée sur sites privés.