Interview de Thomas, photographe professionnel — Canada & Alaska
Photographe et voyageur, Thomas a tracé trois mois sur les routes du Canada et de l’Alaska pour mêler quête d’images et liberté totale. Entre Rocheuses, toundra et pistes mythiques, il raconte une aventure pensée en toute simplicité : une trame souple, un 4x4 fiable, des nuits dans la voiture et l’œil toujours aux aguets. Un roadtrip Alaska vécu à hauteur d’homme, où l’on compte ses kilomètres, on surveille la météo et l’on accepte les imprévus. Une leçon de terrain sur la préparation minimale, la gestion des longues liaisons et le respect des grands espaces.
Portrait
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Thomas Hucteau, 26 ans, basé à Toulouse. Ingénieur de formation, je suis photographe depuis deux ans. J’expose, je couvre des évènements, je réponds à des commandes éditoriales, et je produis des tirages, calendriers et cartes. Cette envie de route et d’images m’a mené au Cap Nord à vélo, en Australie, puis sur un long Canada–Alaska.
Quand es-tu parti et pourquoi ?
Je suis revenu fin août, après trois mois sur place. L’objectif était double : construire une photothèque solide pour concourir et démarcher des éditeurs, et réaliser ces voyages qui me trottaient en tête depuis des années. Trois mois, c’est la bonne durée pour s’installer dans le rythme, avancer par étapes de 200 à 500 km/jour selon la route et la météo, et laisser de la place aux détours.
Pourquoi cette destination ?
Les grands espaces m’attirent depuis toujours. Après le Cap Nord, cap encore plus au nord. L’Alaska m’a fasciné : premières banquises vues à Deadhorse, rencontres avec ours noirs, grizzlys, bisons, rennes… J’ai encore en tête le silence sur la toundra et le ciel qui n’en finit pas. Un jour, j’aimerais pousser vers le Groenland ou le Spitzberg.
Itinéraire et méthode
Parcours préparé ou improvisé ?
Je prépare une trame minimale : billets, location 4x4 Alaska ou Canada selon l’axe, liste d’envies, estimation des temps de route. Sur place, j’ajuste. J’avance quand la fenêtre météo s’ouvre, je reste si la lumière promet. Dormir dans la voiture offre une vraie liberté. Je vise un équilibre: une grosse journée (6–8 h réelles) suivie d’une plus courte (3–4 h) pour éviter la fatigue — c’est ma cadence “terrain”.
Quel véhicule et pourquoi ?
J’ai toujours loué sur place. Plus simple que d’acheminer sa voiture, et plus sûr mécaniquement. Compter ~3 000 € pour trois mois selon modèle et assurances. États-Unis: Dodge Charger/Challenger; Australie: Toyota Corolla; Canada/Alaska: deux 4x4 (Jeep Cherokee, Ford Explorer). Un 4x4 est cohérent avec des axes comme la Dalton Highway (longues sections de gravier, trafic poids lourds) ou la Dempster Highway dans le Yukon (peu de services sur plusieurs centaines de kilomètres). La location 4x4 Alaska reste, à mes yeux, la formule la plus rationnelle pour sortir des routes principales.
Moments forts
Meilleur et pire souvenir ?
Avec le recul, les galères s’effacent : brouillard et gravier pendant des heures, crevaisons loin de tout (parfois 200 km sans véritable service), finir une piste sur une roue de secours… Ce qui reste, ce sont les marches dans le Denali National Park, la traversée de vallées des Rocheuses canadiennes, et cette longue approche vers le fameux “bus 142” après environ 40 km à pied, rivières froides à franchir. Seul, plusieurs jours dans la toundra : des instants gravés. Les routes aussi marquent: la Dalton Hwy en Alaska et la Dempster Hwy dans le Yukon, impressionnantes par leur isolement, leur météo changeante et l’exigence de concentration qu’elles imposent.
Un lieu préféré, toutes destinations confondues ?
Difficile de trancher. L’arrivée au Cap Nord, après ~1 800 km à vélo, reste un sommet personnel. Mais rouler la Dalton et la Dempster, sentir le passage du bitume au gravier, surveiller carburant et pression des pneus, gérer le vent latéral et la pluie froide… ça forge des souvenirs puissants.
Conseils aux futurs Planet Riders
Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite ?
Le roadtrip est, pour moi, la meilleure façon de voyager. La liberté est immense, à condition d’accepter la réalité du terrain. Préparez l’essentiel (assurances, pneus en bon état, jerrican d’eau, appli carto offline), puis laissez-vous une marge. Les voyages s’enchaînent mieux quand on apprend à doser les distances. Une règle simple m’a aidé: au-delà de 400–500 km sur route secondaire ou piste, comptez une journée pleine. Et gardez toujours un plan B en cas de météo fermée. Le plus dur, c’est de décider de partir. Ensuite, on s’ajuste, et on vit.
Voir le travail de Thomas
Découvrez ses images sur son site web, son blog et sa page Facebook. Tirages sur mesure, calendriers, cartes de vœux : contactez-le directement.
FAQ express
Faut-il un permis international ? Pour le Canada et l’Alaska, un permis national peut suffire selon le loueur; certains exigent un permis international. Vérifiez avant réservation.
Quelle saison viser ? Pour un roadtrip Alaska, visez juin à début septembre: jours longs, pistes plus praticables. Hors saison, neige/gel et services réduits.
Budget carburant réaliste ? En 4x4, prévoyez une conso plus élevée sur piste et vent de face. Anticipez de longues sections sans station et gardez une marge de 100–150 km.
À savoir aujourd’hui
Le cadre reste le même: distances longues, météo changeante, services clairsemés sur Dalton/Dempster — à préparer sérieusement. Le “bus 142” a été retiré et l’accès par le Stampede Trail fermé: ne tentez pas l’approche. Vérifiez toujours les conditions routières et les fermetures saisonnières avant de partir, ainsi que les règles des loueurs (pistes autorisées, assurances, assistance).