On rêve souvent de voyage et d’aventure sans pour autant franchir le pas. Voici une interview exclusive de Mélusine Mallender, motarde passionnée qui a su mettre ses deux passions pour le voyage et la moto à profit des autres, et pour son plus grand plaisir. A la découverte de pays parfois inconnus, elle réalise ses voyages moto afin de découvrir le monde dans lequel nous vivons par le biais de ses propres yeux, en oubliant les médias.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire de la moto ?

C’était évident de faire de la moto, je ne voulais pas faire autre chose. Mes deux parents sont motards, donc ça aide ! Ca aide à faire comprendre à ses parents qu’ils ne peuvent pas vous interdire de faire de la moto. Mais ça reste tout de même une envie : nous sommes trois enfants et je suis la seule à en faire donc ça n’excuse pas tout !

Pourquoi tu voyages à moto ?

Le voyage moto c’est la conjugaison de deux choses que j’aime : le voyage et la moto. J’aime énormément voyager : découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles personnes et de nouvelles manières de penser. Voyager à moto ça pourrait peut-être nous cataloguer en tant que voyageur en quête de simplicité et de rencontres. En effet de manière générale, les gens aiment la moto ou au moins y sont sensibles. Cela engage automatiquement une conversion facile avec les autres : « Bonjour, d’où tu viens ? » « Comment est ta moto ? »… C’est en fait une manière très simple d’aborder les gens, du fait que ça implique également une certaine vulnérabilité. Cette sorte de vulnérabilité se transforme en fait en une simplicité car oui « vous pouvez me voler si vous voulez, mais ça serait trop facile ». Ça instaure également une sorte de respect car on a fait tous ces kilomètres à moto et dans un sens on a enduré le voyage.
De plus, on a pas cette barrière que peut fournir la voiture : on respire tout, on a cette sorte de contact avec notre milieu ambiant : le bruit de la moto, on voit, on sent les odeurs. J’ai ainsi l’impression de diriger, d’aller où je veux, de pouvoir m’arrêter quand je veux : c’est plus facile et c’est tout simplement une immense liberté.

voyage moto
© MALLENDER/ZEPPELIN

Partir seule à moto en étant une femme, une frayeur, une audace ? Quel est ton ressenti ?

Evidemment les proches au départ peuvent être réticents. Une femme qui voyage seule, ça peut parfois faire un peu peur. Et paradoxalement, je pense que c’était plus facile il y a quelques années. Malgré le fait qu’on ai plus de sécurité et de moyens de communication. Je sens qu’il y avait plus d’endroits sûrs pour la jeune femme blanche occidentale que maintenant. En fait, ça demande juste une autre manière de voyager qu’un homme, mais ça n’est pas moins beau ! Personnellement, je trouve même cela presque plus avantageux. Il y a beaucoup plus d’opportunités en étant une femme seule qui voyage, parce-que ça permet d’aller dans différents « mondes » : à la fois celui des hommes car la moto reste un véhicule très masculin, et vers les femmes. On peut passer du salon à la cuisine sans aucun problème et ça, c’est une grande chance. Et c’est également cette caractéristique qui permet aux autres de venir plus facilement vers vous.
Je fais cependant attention à là où je dors. C’est pour moi le moment où je suis le plus vulnérable donc j’essaye souvent de trouver un endroit où il y a des femmes et des enfants.
Au début, je me disais que je ne voulais pas embêter les gens et imposer ma présence et ça a été compliqué.

itinéraire moto
© MALLENDER/ZEPPELIN

La moto c’est souvent connoté « masculin », alors est-ce qu’à des moments tu rencontrais des gens presque « choqués » que tu sois une femme à moto ?

« Oui, les gens sont parfois choqués ! Une question qui revient très souvent c’est : « Il est où ton mari ? », « Quand est-ce-que tes amis arrivent ? », « Tu t’es perdue, tu ne retrouves pas tes amis ? ». Et quand tu leur dit « non, je suis toute seule », les gens peuvent se dire « elle a un problème dans sa tête, pourquoi voyage-t-elle seule ?». Pleins d’émotions différentes peuvent survenir à ce moment : de l’admiration ou tout simplement une envie d’entraide.
C’est évident qu’une femme qui voyage seule c’est très rare donc il faut expliquer aux gens sa situation pour les rassurer. Il faut leur communiquer un statut qui est plus clair pour eux. »

Le souvenir moto qui t’as beaucoup marqué ?

« Il y en a plein, mais je pense que l’un des moments les plus forts c’est quand j’étais en voyage moto en Mongolie. La moto était complètement déglinguée, je n’en pouvais plus. Je roulais debout, c’était que de la piste terreuse ou de l’off-road. J’étais épuisée, je suis arrivée près d’une Yourte. Je me suis arrêtée pour réparer ma suspension et un vieux monsieur est venu vers moi. Ma moto est tombée car j’avais mal mis la béquille du fait de ma fatigue. C’était horrible, c’était l’accumulation, je me suis écroulée en pleurant. Le vieux monsieur était là avec tous ses petits enfants et il m’a emmené dans sa yourte. Et il s’est occupé de moi comme de ses petits enfants. On parlait à moitié Russe, à moitié Mongol, et avec les mains, mais tout semblait très clair. Je comprenais tout ce qu’il me disait, malgré qu’il me parle dans un mélange de langues : c’était limpide. Il m’a expliqué que je pouvais m’installer chez lui. Il savait ce dont j’avais besoin, c’était assez facile en fait. Le lendemain il est arrivé avec une sorte d’embrayage de 125cc et il m’a aidé à le réparer sur ma moto. Je lui ai alors laissé faire un tour de moto alors que je ne la prête jamais à quelqu’un. Il était super heureux ! Ce moment là était magique pour moi.

L’autre chose qui m’a beaucoup marqué, c’est la rencontre de femmes en Iran. Au début, je voyageais pour moi : je voulais être libre, vivre mon aventure. La seconde fois que je suis partie en voyage moto, je me suis dit : « c’est génial, on rencontre plein de gens ». Grâce à la moto notamment qui est un réel catalyseur de rencontres.
Quand je roulais en Iran, j’ai vu des femmes en voiture avec la musique à fond. Elles m’ont fait signe de m’arrêter (elles n’ont pas le droit de passer le permis moto en Iran). Elles se sont mises à danser autour de la moto. Un de leurs amis qui est arrivé a mis sa musique encore plus fort et les gens se sont mis à s’arrêter et danser. Danser c’est interdit en public en Iran, les discothèques n’existent pas. J’ai ressenti une sorte de cri de liberté : danser autour de moi alors que c’est interdit. C’était vraiment fabuleux. Une des femmes m’a donné un cafard en plastique, sur le coup je n’ai pas compris. Mais en fait la signification était simple « on est un peu des cafards, on nous écrase mais on revient toujours. C’était un moment phare dans ma volonté de communiquer sur ces pays que l’ont ne connaît pas vraiment.

Si tu devais inciter les femmes à partir voyager à moto comme toi, qu’est-ce que tu dirais ?

Allez-y ! C’est toujours compliqué de se lancer mais la vie est courte et il ne faut pas avoir de regrets. Peut-être de temps en temps il faut être un peu égoïste. On fait beaucoup les choses par rapport aux autres (surtout les femmes) et les femmes se mettent une pression parce-que leur entourage peut leur mettre des bâtons dans les roues : sécurité… Il ne faut pas hésiter à vivre ses rêves, la pire chose au monde serait de laisser tomber : il faut essayer. C’est pas grave d’échouer, il va y avoir des chutes, des moment plus durs, mais c’est pas grave : ça fait parti du voyage. Il faut se dire que ça sera très difficile et se rendre compte au final que ça allait. Il y a toujours des excuses pour ne pas partir : l’argent, le temps, les enfants, la santé, mais qu’on on le veut vraiment, on peut.

Tes projets ?

« Ne te dégonfle pas ».
Je pars à moto dans des pays un peu inconnu et je me pose la question de ce que peut être la liberté dans ces pays là. Je vais rencontrer à la fois des personnes qui sont actrices du changement et de la liberté mais aussi des personnes au quotidien. Je m’intéresse plus particulièrement aux les femmes « Qu-est-ce que la liberté » par exemple dans des pays tels que le Rwanda, l’Iran, le Bengladesh… Et de montrer un autre aspect de ces pays qui peuvent faire peur. Je pense qu’on déteste plus forcément quelque chose que l’on ne connaît pas. A partir du moment où l’on commence à connaître, on est plus à même de comprendre et d’écouter, et de concevoir les choses différemment. J’avais en fait une envie d’apporter un autre regard que celui que l’on peut percevoir dans les médias qui peuvent prodiguer une vision un peu simpliste des choses. J’essaye aussi de pousser les gens à partir eux-mêmes à la découverte de ces pays. C’est je pense, la manière de se rendre réellement compte de comment ça se passe là-bas.

© CLOT/ZEPPELIN

Il y a une destination que tu n’a pas encore faite mais que tu as depuis un moment en ligne de mir ?

Il y en a plein ! Mais celle qui me plairait vraiment à moto c’est la Bolivie. Ca a l’air très beau et il y a tout là-bas, la montagne, la jungle… C’est un pays qui m’attire beaucoup pour la route.

J’aurais également envi de retourner en Mongolie.

Mais je suis en ce moment en train de me pencher sur l’Amérique du Sud/Centrale pour ma prochaine expédition.

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